Véronique Desjardins :  Faire en sorte que l’hôpital public conserve son attractivité est un véritable enjeu 

[Interview] - Le centre hospitalier universitaire (CHU) de Rouen a renouvelé sa confiance à Dalkia pour douze années supplémentaires en lui confiant l’exploitation de ses installations techniques. Véronique Desjardins, directrice générale du CHU, nous parle de la place accordée à la performance énergétique et des défis qui l'attendent dans les années à venir.

Depuis avril 2018, vous êtes la directrice générale du centre hospitalier universitaire (CHU) de Rouen. Quelles sont les principales actions menées depuis votre arrivée ?

D’abord, le CHU est engagé dans d’importants travaux de modernisation et de restructuration, validés par le renouvellement du contrat du Comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins (Copermo) *. J’ai également mis en place un plan de modernisation logistique qui passe notamment par de nouvelles modalités d’approvisionnement et de stockage, la création de postes de logisticiens d’étage pour réceptionner les livraisons et les ranger dans des réserves plus modernes. Aujourd’hui, les soignants ont 12 applications de commande différentes en fonction de la prestation qu’ils choisissent. Demain, ils n’en auront plus que trois. Le but est de faire gagner du temps au personnel soignant pour qu’il puisse se recentrer sur son cœur de métier.

J’ai par ailleurs initié la réflexion autour du nouveau projet stratégique du CHU pour la période 2020-2024. L’objectif est de préparer l’avenir et de donner de la visibilité en matière d’orientation stratégique pour les cinq années à venir. Nous avons d’ores et déjà engagé des actions d’incitation pour soutenir la recherche clinique et l’innovation qui représentent un axe stratégique pour le CHU.

Enfin, l’hôpital est à la fois positionné au sein d’un campus santé, au centre de la métropole de Rouen et plus largement au sein d’un réseau de quatre CHU appelés «G4» avec Lille, Amiens et Caen. Ce groupement a retrouvé une dynamique, notamment en matière de recherche mais aussi de coopération sur la formation universitaire et les données de santé.

Parmi les opérations de modernisation du CHU, il y a notamment la construction du nouveau bâtiment Robec dédié aux blocs opératoires et à la chirurgie ambulatoire. Quels en sont les objectifs ?

L’objectif est de donner aux cinq sites du CHU une identité cohérente. Le bâtiment Robec, qui sera ouvert aux patients en juin 2020, rassemblera l’ensemble des blocs de chirurgie, toutes spécialités confondues, (excepté ceux du pôle mère-enfant), qui étaient auparavant répartis sur sept localisations différentes.

Au dernier étage de ce bâtiment de 12 000 m 2, un plateau de chirurgie ambulatoire sera créé. Les salles d’opération, de 45 à 70 m 2 avec une hauteur de plafond de près de 4 m, permettront d’installer des matériels technologiques de pointe.

Par ailleurs, les réanimations et unités de soins critiques occuperont un plateau en face du bâtiment Robec, avec des passerelles pour faciliter le passage entre les blocs et la réanimation chirurgicale. À terme, les unités d’hospitalisation conventionnelle, les plateaux de consultation et les hôpitaux de jour de médecine seront aussi réhabilités et réorganisés.

Dalkia s’engage notamment sur l’optimisation des consommations énergétiques et la diminution des émissions de CO2. Quelle place accordez-vous à la performance énergétique ?

La performance énergétique occupe une place primordiale parmi nos missions et c’est l’une de nos préoccupations très anciennes. Nous comptons d’ailleurs parmi les trois meilleurs CHU en la matière. Notre priorité est d’avoir des installations qui fonctionnent et une continuité de service pour que les activités médicales et soignantes ne soient pas perturbées.

Ensuite, nous devons essayer de contenir notre budget de dépenses. Les dépenses d’énergie, dans leur ensemble, s’élèvent à un peu plus de 8,5 millions d’euros par an, soit environ 1,5 % du budget global de l’hôpital. Notre défi est de faire en sorte que les consommations d’énergie des nouvelles constructions soient neutralisées. Il faut donc agir sur les consommations des bâtiments existants. En partenariat avec Dalkia, nous optimisons nos installations pour diminuer nos consommations en chaleur et en électricité, au travers de plusieurs actions de performance énergétique.

 

Le Medical Training Center est un centre international de formation, de simulation et d’innovation santé, avec des moyens techniques entièrement connectés. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Ce centre de pointe accueille des professionnels de santé pour des formations de haut niveau, avec un plateau technique complet permettant des simulations et des entraînements à la chirurgie robotique dans une trentaine de disciplines.

Nous avons à disposition le robot Da Vinci dernière génération**. Cette offre a peu d’équivalents en France. Certaines salles d’opération du CHU sont reliées et connectées au Medical Training Center, et tous les blocs du futur bâtiment Robec le seront. Les opérations peuvent donc être retransmises en direct.

De plus, nous sommes en train de développer des formations de simulation à la fois procédurales et comportementales, en individuel et en équipe. L’objectif est d’entraîner les équipes à (ré)agir au mieux et collectivement aux situations de crise.

Quels sont les défis qui vous attendent aujourd’hui et dans les années à venir ?

Notre premier défi, c’est de poursuivre notre modernisation et d’aller jusqu’au bout de notre plan de restructuration. Ensuite, c’est de pouvoir soutenir l’innovation et la recherche. C’est un véritable défi pour les CHU que d’avoir les moyens de poursuivre cette vocation. Enfin, nous devons faire en sorte que l’hôpital public conserve son attractivité. C’est un enjeu important si l’on veut garder des hôpitaux performants, avec du personnel aussi remarquable. Il faut donner envie à des jeunes de s’investir dans les CHU.

Pourriez-vous nous faire part d’un obstacle auquel vous avez été confronté et d’une réussite que vous avez menée en tant que directrice générale du CHU de Rouen ?

La résistance au changement est l’un des obstacles que j’ai rencontrés. Convaincre que le changement est porteur de bénéfices peut s’avérer compliqué.

La réussite à laquelle je pense provient d’une grosse difficulté que nous avons surmontée et qui est devenue un sujet de fierté au sein de l’établissement. Nous avons été l’objet d’une cyberattaque de grande ampleur, particulièrement agressive, en novembre 2019, qui a rendu inaccessible l’accès à la plupart des applications métiers et infecté une partie des postes de travail.

Des actions immédiates ont été entreprises par la direction des systèmes d’information pour stopper la propagation de cette attaque. Nous avons réussi à rester en fonctionnement, avec seulement trois interventions chirurgicales reportées, et sans aucun dommage à déplorer. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information nous a félicités, saluant notre capacité à réagir et à remettre en service progressivement les 235 applications de l’établissement en un temps record.

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